BoutiqueChasse

Éthique

La recherche au sang, l'obligation morale qu'on néglige

Mis à jour le

Par la rédaction de Boutique ChasseNotre méthode et nos sources

Tout animal tiré et non retrouvé doit faire l'objet d'une recherche. Ce qui décide de sa réussite se joue dans les dix minutes qui suivent le coup de feu, bien avant l'arrivée du conducteur et de son chien.

La recherche au sang, l'obligation morale qu'on néglige
Vidéo : L'univers des chiens de sang, entraînés pour traquer le gibier blessé (chaîne Radio-Canada Info, YouTube)

Un sanglier encaisse la balle, se tasse, et se jette dans le roncier. Vous ne le revoyez pas. La réponse tient en une phrase : tout animal tiré et non retrouvé doit faire l'objet d'une recherche au sang, confiée à un conducteur agréé et à son chien, dont la liste est tenue par votre fédération départementale des chasseurs. Pas la semaine prochaine. Le jour même, dès que la traque est finie, en ayant laissé le point d'impact intact.

Ce n'est ni une formalité ni une coquetterie de puriste. On a pris la responsabilité d'appuyer sur la détente, on prend aussi celle de ce qui se passe ensuite.

Ce qui se joue vraiment quand un animal part blessé

La recherche au sang est l'intervention d'un conducteur bénévole et de son chien spécialement dressé, appelés après un tir non concluant pour suivre à la voie l'animal touché, le retrouver et l'achever s'il vit encore. Elle se déclenche sur simple appel, sans attendre de certitude.

Un animal blessé non retrouvé finit rarement bien. Il peut mourir loin et lentement, ou survivre diminué, dans un coin où personne ne passera. Voilà la seule raison qui compte.

Il y en a une deuxième, moins noble : la chasse se juge de l'extérieur, et un animal blessé retrouvé mort par un promeneur fait plus de dégâts à la pratique que dix polémiques.

Le vrai piège n'est pas le mauvais tir. Personne ne tire toujours parfaitement : la distance, l'angle, la branche qu'on n'avait pas vue. Le vrai piège, c'est le doute qu'on décide de ne pas lever. Vous n'êtes pas certain d'avoir touché ? Alors vous faites rechercher. Le doute n'est pas une raison de ne pas appeler, c'est la raison principale d'appeler.

Les cinq minutes après le coup décident de la recherche

La suite se joue pendant que la mémoire est fraîche. Le conducteur qui viendra ce soir ne connaît ni votre poste, ni la scène. Tout ce qu'il aura, c'est ce que vous aurez su conserver.

Restez d'abord à votre poste tant que la battue n'est pas terminée. L'ordre de fin de traque ne se négocie pas : c'est le même cadre qui impose le fluo et l'angle de 30 degrés, et il structure le déroulé d'une journée de battue du rassemblement au tableau.

Ensuite, dans l'ordre :

  1. Marquez le point d'impact supposé, ce qu'on appelle l'anschuss, avec un mouchoir en papier, un morceau de ruban, une branche plantée. Deux marques valent mieux qu'une : votre position de tir, et la sienne.
  2. Notez la direction de fuite exacte, en visant un repère fixe : un arbre mort, un piquet, un angle de parcelle.
  3. Ne piétinez pas la zone. Approchez de l'anschuss par le côté, regardez, ressortez par le même chemin.
  4. Ne lancez surtout pas les chiens de battue dessus. Ils vont recouper, marquer partout, et transformer une voie lisible en salade.
  5. Écrivez tout, sur le téléphone, tout de suite : l'heure, la distance estimée, la réaction au coup, ce que vous avez vu au sol.

Une paire de jumelles aide beaucoup ici, pour suivre la fuite sans bouger : un usage qu'on oublie quand on choisit son matériel optique.

Sur le terrain

Photographiez l'anschuss et les indices avec votre téléphone, sans rien déplacer, et laissez la géolocalisation active. Le conducteur préparera son intervention avant d'arriver, et vous n'aurez pas à retrouver l'endroit de nuit.

Lire les indices sans jouer au spécialiste

La couleur du sang après un tir raconte quelque chose, mais ne conclut rien. Votre travail consiste à décrire les indices, pas à les interpréter. Le tableau sert à savoir quoi regarder, et quoi dire au téléphone.

Ce que vous observezCe que ça évoque souventCe que vous faites
Sang rouge clair, mousseux, projeté hautAtteinte de la sphère respiratoireDécrire la couleur et la hauteur des traces, ne pas suivre
Sang foncé, en gouttes régulièresAtteinte profonde ou musculaireMarquer les premières gouttes, s'arrêter là
Poils coupés courts et sombresImpact haut sur le corpsPrélever quelques poils dans un sachet
Poils longs et clairs, matières digestivesZone abdominale probableNe rien piétiner, appeler sans attendre
Esquilles d'os, sang très éparsAtteinte d'un membreRecherche indispensable, l'animal va loin
Rien du tout, mais l'animal a marqué le coupDoute completRecherche quand même

Ce sont des faisceaux, pas des diagnostics : un conducteur expérimenté renversera parfois votre hypothèse en trente secondes. Anschuss, voie, brisée : les termes de vénerie définis un par un évitent de rester sur le bord de la conversation.

L'erreur classique : chercher soi-même pendant deux heures

C'est le scénario le plus fréquent, et le plus dommageable. L'équipe se met à quatre ou cinq, on ratisse en éventail, on suit une trace de sang sur cent mètres, on la perd, on repart en cercle. Deux heures plus tard, quelqu'un propose enfin d'appeler un conducteur.

Sauf que la voie n'existe plus. Odeurs humaines fraîches, empreintes partout, parfois des chiens repassés dessus. Le chien de sang travaille une piste précise, celle d'un animal précis : on vient de la noyer. Le conducteur viendra quand même, mais avec un handicap qu'on lui a fabriqué.

La règle est donc courte, et c'est peut-être la seule chose à retenir ici : on appelle avant de chercher. Un contrôle visuel discret de l'anschuss, oui. Quelques dizaines de mètres pour confirmer une direction, à la rigueur, en marquant son passage. Au-delà, on s'arrête et on compose le numéro.

Le conducteur de chien de sang, comment ça se passe

Le conducteur de chien de sang agréé est un bénévole. Il travaille avec un chien formé sur plusieurs années, il est rattaché à une association de recherche au grand gibier, et il se déplace sur appel, souvent le soir, souvent loin. Selon les associations et les départements, les frais de déplacement peuvent être défrayés, mais l'intervention elle-même n'est pas facturée [À VÉRIFIER].

Pour le joindre, votre fédération départementale des chasseurs tient à jour la liste des conducteurs du secteur, et la conduite à tenir après un tir non concluant relève parfois du schéma départemental de gestion cynégétique, arrêté par le préfet. Le responsable de battue devrait avoir deux ou trois numéros enregistrés avant l'ouverture. Sinon, voilà le premier point à corriger à la prochaine réunion d'équipe.

Ce qu'on attend de vous tient en peu de choses : rester disponible, n'accompagner que si le conducteur le demande, tenir vos propres chiens, et se taire. Le chien travaille au nez, l'humain qui commente derrière ne l'aide pas. La formation et l'équipement des auxiliaires sont abordés dans la rubrique consacrée au chien de chasse.

Quand l'animal est retrouvé, la suite est immédiate : servir proprement, puis éviscérer sans traîner, comme le rappellent nos repères sur l'hygiène de la venaison.

Une dernière chose. Une recherche qui n'aboutit pas n'est pas une recherche inutile. Elle vous apprendra parfois que l'animal n'était pas touché, ou qu'il est reparti valide, et cette information vaut mieux qu'une nuit passée à y penser. Ce qui serait inutile, c'est de ne pas avoir appelé.

Questions fréquentes

Faut-il faire rechercher même si je ne suis pas sûr d'avoir touché ?

Oui, et c'est même la situation dans laquelle la recherche a le plus de valeur. Depuis son poste, personne ne sait avec certitude si la balle a porté ou si elle est passée, surtout à distance ou sur un animal en mouvement. Le chien de sang, lui, tranche la question sur le point d'impact. Considérez qu'un doute non levé revient à abandonner un animal potentiellement blessé.

Combien de temps après le tir peut-on encore lancer une recherche ?

Cela dépend du type d'atteinte, de la météo, du terrain et du chien, et aucun délai universel ne peut être donné ici [À VÉRIFIER]. Le facteur le plus destructeur n'est pas le temps écoulé mais le piétinement de la zone. Un anschuss propre et laissé intact garde sa valeur bien plus longtemps qu'une zone fouillée par cinq personnes dans l'heure qui suit. Appelez tôt, quitte à convenir d'un rendez-vous plus tard.

La recherche au sang est-elle obligatoire au sens légal ?

Il faut distinguer l'obligation morale, qui ne fait aucun débat dans le monde de la chasse, et le cadre réglementaire, qui relève pour partie d'arrêtés préfectoraux variables d'un département à l'autre. Certains schémas départementaux de gestion cynégétique encadrent la conduite à tenir après un tir non concluant. Renseignez-vous auprès de votre fédération départementale des chasseurs, qui vous indiquera la règle applicable chez vous et les contacts des conducteurs agréés.

À lire aussi