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Protéger son audition, le réflexe qu'on prend trop tard

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Par la rédaction de Boutique ChasseNotre méthode et nos sources

La perte auditive du chasseur est lente, indolore et définitive. Elle se joue sur quelques dixièmes de seconde répétés pendant des années, et elle s'évite avec un équipement modeste.

Casque de protection auditive posé sur un plan de travail

Un coup de feu n'est pas un bruit fort au sens ordinaire, c'est un bruit d'impulsion : une montée en pression extrêmement brève et extrêmement violente, contre laquelle le réflexe de défense de l'oreille arrive systématiquement trop tard. La seule protection auditive à la chasse qui fonctionne est celle que l'on porte à chaque tir, séance de réglage comprise : bouchons en mousse correctement insérés, bouchons moulés sur mesure, coquilles, ou protections électroniques qui amplifient les sons faibles tout en écrêtant la détonation. Les cellules ciliées détruites par le bruit ne se régénèrent pas, et rien ne les remplace. Le dommage est fait avant que vous ayez sursauté.

Pourquoi le dommage passe inaperçu

Les cellules ciliées de l'oreille interne transforment les vibrations en signal nerveux. Elles ne se régénèrent pas. Chaque détonation en détruit une petite quantité, sans douleur et sans signe immédiat. Les organismes de prévention des risques professionnels, à commencer par l'INRS, rangent les tirs d'arme à feu parmi les bruits d'impulsion, ceux dont le niveau de crête est atteint en quelques millisecondes et contre lesquels aucun réflexe physiologique ne protège.

Le sifflement qui suit un tir mérite un nom : l'acouphène après un tir. C'est précisément le signal d'alerte. Il disparaît en quelques heures et on l'oublie. Répété sur des saisons, il finit par ne plus disparaître.

La perte s'installe d'abord sur les fréquences aiguës, celles qui portent l'intelligibilité de la parole. C'est pourquoi le symptôme typique n'est pas "je n'entends plus", mais "je n'entends pas bien dans le bruit" : au restaurant, en réunion, quand plusieurs personnes parlent en même temps. À ce stade, le mal est ancien et il est définitif.

Deux idées fausses circulent et méritent d'être écartées. Un tir en extérieur reste dangereux : l'absence de réverbération réduit l'exposition, elle ne la supprime pas. Et l'habitude ne protège de rien : ce que l'on prend pour de l'accoutumance est en réalité le début de la perte.

Ce que valent les différentes protections

Une protection auditive de tir est un équipement, bouchon d'oreille ou coquille, conçu pour réduire l'énergie sonore d'une détonation avant qu'elle n'atteigne l'oreille interne. Les modèles électroniques écrêtent l'impulsion du coup de feu tout en amplifiant les sons faibles du terrain.

Toutes ne se valent ni en efficacité ni en confort, et le confort compte autant que l'atténuation, puisqu'une protection que l'on ne porte pas ne protège personne.

ProtectionAtténuationCe qu'on y gagne, ce qu'on y perd
Bouchons en mousseÉlevée, si bien insérésTrès bon marché, mais coupent l'écoute du terrain
Bouchons préformésMoyenne à bonneRéutilisables, insertion plus simple
Bouchons moulés sur mesureBonne, confort durablePrix élevé, mais tenue et confort sans comparaison
CoquillesBonneEfficaces et visibles, gênent la joue à l'épaulé
Protections électroniquesBonne sur l'impulsionAmplifient les sons faibles, coupent la détonation

Les protections auditives électroniques ont réglé le seul argument sérieux des réfractaires. Le reproche classique adressé à la protection auditive est qu'elle empêche d'entendre le gibier, un chien, ou un ordre du responsable de battue. Un dispositif électronique fait l'inverse : il amplifie les sons faibles et écrête instantanément l'impulsion du coup de feu. Beaucoup de chasseurs entendent mieux avec qu'à oreille nue, ce qui compte particulièrement quand on découvre la chasse collective et qu'il faut suivre les consignes, comme le rappelle notre page pour se préparer à sa première battue.

Sur le terrain

Le point faible des bouchons en mousse n'est pas leur efficacité, c'est leur pose. Roulez le bouchon très finement entre les doigts, tirez le pavillon de l'oreille vers le haut et l'arrière, insérez profondément, puis maintenez le temps qu'il se déploie. Un bouchon posé à moitié ne protège quasiment pas, et c'est le cas le plus fréquent.

Les situations les plus exposantes

Toutes les configurations ne se valent pas, et certaines sont largement sous-estimées.

Le stand de tir couvert est le pire environnement : la réverbération et la répétition des tirs cumulent l'exposition. C'est là que la double protection auditive, bouchons plus coquilles par-dessus, se justifie pleinement. La plupart des stands l'imposent d'ailleurs par leur règlement intérieur, y compris pour l'entraînement au tir sur cible lorsque des armes à feu sont utilisées sur le même site.

Le tir en poste fermé, dans un mirador ou depuis un véhicule, concentre l'onde. Le tir aux côtés d'autres chasseurs, en ligne ou au ball-trap, expose aux détonations des voisins autant qu'aux siennes, et personne ne contrôle le moment où le voisin décide de tirer.

Enfin, le réglage de carabine au banc de tir, où l'on enchaîne les coups sans le contexte d'action de chasse, est souvent fait sans aucune protection. C'est pourtant une séance à haut risque : peu de coups, mais une exposition franche et répétée, souvent sous un abri qui renvoie l'onde.

Ce qu'il faut faire, concrètement

Portez une protection à chaque tir, y compris pour un seul coup au réglage. Adaptez le type à la situation : électronique en battue quand l'écoute compte, bouchons ou coquilles au stand, double protection en local couvert.

Faites contrôler votre audition. Un audiogramme de référence, réalisé par un médecin ORL, donne une base de comparaison et permet de mesurer une évolution plutôt que de la deviner. Si vous entendez déjà mal dans le bruit, ou si un sifflement persiste, consultez sans attendre : ce qui est perdu ne revient pas, mais ce qui reste se préserve.

Un mot sur le cadre, parce que la question revient. Aucun texte n'impose au chasseur français de porter une protection auditive en action de chasse. Contrairement aux dates, aux horaires ou aux modes de chasse autorisés, qui relèvent d'arrêtés préfectoraux et varient d'un département à l'autre, il s'agit ici d'une affaire de prévention personnelle, pas de réglementation. Les stands de tir et certaines sociétés de chasse peuvent en revanche l'exiger par leur règlement intérieur, et votre fédération départementale des chasseurs vous dira ce qui s'applique localement.

Le bruit fait partie des risques de l'activité, au même titre que les autres risques de l'action de chasse, et l'équipement se pense avec le reste de la tenue, comme l'explique notre guide pour choisir sa tenue de chasse. Personne ne part en battue sans son gilet fluorescent. La protection auditive mérite la même place dans le sac, à la même heure, sans discussion.

Questions fréquentes

Un seul coup de feu peut-il abîmer l'audition ?

Oui, un seul tir peut suffire à provoquer une lésion. Le niveau de crête d'une détonation d'arme à feu dépasse largement le seuil à partir duquel un dommage immédiat est possible, et le réflexe de protection naturel de l'oreille est trop lent pour un bruit d'impulsion. Un traumatisme sonore aigu peut donc survenir sur un coup unique, en particulier en espace clos ou à proximité immédiate du canon d'un voisin. Une baisse d'audition brutale après un tir justifie une consultation médicale rapide.

Les protections empêchent-elles d'entendre le gibier ?

C'est vrai pour les bouchons en mousse et pour les coquilles passives, qui atténuent tous les sons sans distinction. Les protections électroniques répondent précisément à ce problème : elles amplifient les sons faibles, pas de feuille, souffle, aboiement lointain, et coupent instantanément la détonation. Beaucoup de chasseurs constatent qu'ils entendent le terrain mieux avec qu'à oreille nue, notamment en battue où il faut suivre le travail des chiens et les consignes du responsable.

Les acouphènes après un tir sont-ils graves ?

Ils sont un signal d'alerte à prendre au sérieux, même s'ils disparaissent en quelques heures. Ce sifflement transitoire indique que les cellules ciliées de l'oreille interne ont été mises en souffrance par la détonation. Répété saison après saison, il évolue vers un acouphène permanent et une perte auditive irréversible. Un acouphène qui persiste plus de vingt-quatre heures justifie une consultation chez un médecin ORL.

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